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Derasha du rabbin Deborah Orenstein

Il existe une anecdote savoureuse sur les brasseurs qui rendirent visite au Pape et promirent une contribution substantielle au Vatican. Ils offrirent cette contribution à condition que le Pape changeât la prière : « donnez-nous notre pain quotidien » en « donnez-nous notre pain et notre bière quotidiens ». À voir l'expression de stupéfaction sur le visage du Pape, un des brasseurs des plus puissants demanda : « Votre Sainteté, entre nous, combien vous donnent les boulangers ? » Cette histoire met en lumière l'approche cynique des relations humaines. Le cynique n'a pas confiance en son prochain. Il est prêt à croire le pire au sujet des êtres humains. Les cyniques sont convaincus que chacun de nous a un prix et que tout ce que les gens font, est motivé par l'appât du gain. Comme le dit Oscar Wilde, un cynique « connaît le prix de toute chose et la valeur d'aucune ». Lorsqu'une personne fait un don important à une œuvre de charité, le cynique n'est pas impressionné. Cela doit être une façon d'échapper aux impôts pour le donneur ou peut être une recherche d'honneurs et de louanges. Le cynique est certain d'une chose : le donneur, en faisant cela, n'a obéi qu'à son propre intérêt.

La partie de la Bible que nous étudions cette semaine nous met en garde contre cette tendance cynique qui consiste à mettre en doute les motivations des actes d'autrui. Elle nous décrit aussi deux sortes de personnes : celui qui est généreux dans son cœur et celui qui est sage dans son cœur. C'est relativement facile d'avoir un cœur généreux, de donner de l'argent. Il est plus rare et plus difficile d'être sage dans son cœur, de donner sa confiance en même temps que son argent.

Notre génération a appris à avoir un cœur généreux. Elle participe à beaucoup plus d'actions charitables que la génération précédente. Mais nous ne sommes pas sages dans notre cœur. Nous sommes cyniques sur les motivations qui poussent les gens à donner. Nous ne faisons pas confiance aux autres. Joshué fils de Perachiah nous donne un conseil dans Les Maximes Des Pères : « juge tout le monde dans la balance de l'innocence » (1:6). Dans le même esprit, Emerson a dit : « Fais confiance aux hommes et ils seront honnêtes en retour. Traite-les avec considération et ils se montreront grands ». Le cynisme, l'approche soupçonneuse des autres, le fait d'attendre d'eux le pire, détruira la société. Au contraire, la confiance en autrui, est le fil qui renforcera le tissu social.

Le roi Saül était cynique à propos des motivations du jeune David. Il s'attendait au pire. Il était certain, après la victoire remarquable de David sur Goliath, que David voudrait être roi. Le roi Saül ne croyait pas que David ait pu risquer sa vie de façon désintéressée, par patriotisme. Cynique sur les motivations de David, il a dépensé toute son énergie à essayer d'éliminer la menace que David représentait. Cela a entraîné la désunion et la misère dans le royaume et a entraîné Saül à sa déchéance personnelle et morale.

Coré s'est rebellé contre le pouvoir de Moïse. Il savait que Moïse était descendu dans les puits où les esclaves Israélites travaillaient, pour leur donner de l'espoir. Il savait aussi que Moïse avait plaidé auprès de Pharaon pour qu'il libérât les esclaves. Il savait que Moïse avait conduit les enfants d'Israël à travers la Mer de Jonc, leur avait donné la Torah sur le Sinaï, leur avait construit un sanctuaire et les avait guidés dans le désert en direction de la Terre Promise. Mais Coré mettait en doute les motivations de Moïse. Il présumait que Moïse agissait ainsi par intérêt. Moïse, aux dires de Coré, était arrogant et cherchait le pouvoir. « Vous prenez trop de responsabilités… dit-il à Moïse et à Aaron, voyant que toute la congrégation est sainte… pourquoi cherchez-vous à vous élever au-dessus du peuple du Seigneur ? » (Nombres 15:3). Cette accusation est une provocation à l'évidence. La Bible elle-même témoigne du fait que Moïse se considérait comme un serviteur du peuple. Plus d'une fois, il a risqué sa vie pour sauver un compatriote juif. En fait, Moïse avait refusé d'accepter cette position de chef quand Dieu lui avait demandé de s'en charger la première fois. Rien d'étonnant à ce que les rabbins aient trouvé Coré cynique ! Il croyait le pire sur autrui et ne faisait même pas confiance à Moïse. Son cynisme a engendré la tragédie des enfants d'Israël.

Nous constatons que le cynisme détruit l'harmonie et la confiance. La personne cynique est rongée intérieurement par des doutes constants, ainsi que la société à laquelle elle appartient. Mais nous devons voir aussi que la confiance – la sagesse du cœur – améliore non seulement la vie de celui qui a confiance mais aussi les vies de ceux qui sont en contact avec elle. La confiance a le pouvoir de construire, de créer et d'encourager. Bénis soient les sages dans leur cœur, qui, en faisant confiance font ressortir le meilleur d'autrui.

Les Français ont un proverbe : « Dis d'un homme qu'il est un voleur et il volera ». Les gens confirmeront généralement nos attentes. Henry L. Stimson fit cette remarque : « La principale leçon que m'a appris m'a longue vie est que le meilleur moyen de rendre un homme digne de confiance est bien de lui faire confiance. Le moyen le plus sûr de le rendre déloyal est de ne pas lui faire confiance et de le lui montrer ». Les gens réussissent dans la vie quand quelqu'un ayant la sagesse du cœur, leur fait confiance, leur permettant d'exprimer le meilleur d'eux-mêmes.

Vous vous souvenez de l'influence de l'évêque, un homme au cœur sage, sur Jean Valjean, le héros des Misérables de Victor Hugo. Jean Valjean, après dix-neuf années d'emprisonnement, est finalement remis en liberté. Personne ne veut, en aucun cas, lui louer une chambre parce qu'il possède un passeport jaune indiquant qu'il a été prisonnier. L'évêque de la ville l'accueille, le nourrit, et lui offre un toit. Jean Valjean se relève au milieu de la nuit, rassemble toute l'argenterie de la maison et se sauve. Il est rattrapé par la police et ramené chez l'évêque. Celui-ci dit à la police qu'il a fait cadeau de l'argenterie à Jean. Il va alors chercher deux chandeliers en argent. Il les donne à Jean Valjean, en expliquant à la police que Jean, dans sa hâte, avait oublié de les emmener. Ceux-ci faisaient aussi partie du cadeau de Jean.

Cette confiance de l'évêque à l'égard de Jean entraîne une transformation miraculeuse. Jean est décidé à mériter la gentillesse de l'évêque et à rendre sa vie utile. Et, en vérité, l'ancien criminel endurci devient un bienfaiteur et une bénédiction pour tous ceux qui le rencontrent. Tel est le miracle de la confiance.

Les parents devraient être particulièrement attentifs à approcher les enfants avec la sagesse du cœur. Il est important pour les enfants de sentir que les parents ont confiance et croient en eux. Un prix Nobel de Physique parle du temps où, étant enfant, il avait fait une remarque stupide à sa mère. « Si elle s'était moquée de moi à ce moment-là, je n'aurais pas obtenu le prix Nobel » affirma-t-il. « Elle m'a encouragé et m'a dit que je pouvais devenir un homme de science important. » Tel est le miracle de la confiance.

Préjugeons du meilleur chez les autres. Il se peut qu'occasionnellement nous nous soyons trompés mais le plus souvent nous serons témoins des efforts réalisés pour être à la hauteur de notre confiance. Nous trouverons la vie très difficile si nous abordons toute personne avec méfiance et suspicion. Le cynisme détruit ; la confiance construit. Soyons parmi les bâtisseurs.
  
    
Mise à jour 14/03/2005 © Kehilat Gesher   > Page d'accueil   > Contact & mentions légales ^ Haut de page ^