{"id":26795,"date":"2017-09-30T14:35:14","date_gmt":"2017-09-30T12:35:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.kehilatgesher.org\/?post_type=drasha&#038;p=26795"},"modified":"2024-08-19T11:23:22","modified_gmt":"2024-08-19T09:23:22","slug":"yom-kippour-5778","status":"publish","type":"drasha","link":"https:\/\/www.kehilatgesher.org\/en\/drasha\/yom-kippour-5778\/","title":{"rendered":"Yom Kippour 5778"},"content":{"rendered":"\n<p>Un hymne juif \u00e0 la joie<br>Alors que ma charge de travail, en cette rentr\u00e9e, commen\u00e7ait \u00e0 vraiment augmenter &#8211; mise en place du Talmud Torah, des classes pour adultes, des conf\u00e9rences, sans compter les \u00e9tudiants rabbiniques, et la pr\u00e9paration des grandes f\u00eates &#8211; je me suis assis il y a de cela deux semaines, par un apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9, avec mon ordinateur portable, pour commencer \u00e0 pr\u00e9parer mes sermons, et pour, \u00e9ventuellement, r\u00e9pondre au monceau d&#8217;emails qui attendent dans ma boite de r\u00e9ception (ou, plus vraisemblablement, me trouver coinc\u00e9 dans cet \u00e9quivalent moderne des sables mouvants qu&#8217;est Facebook, pour regarder les nouvelles de ma famille, amis, et connaissances de toutes sortes).<br>Je me souviens du sentiment que j&#8217;\u00e9prouvais alors. Je regardais, heureux, par la fen\u00eatre, et j&#8217;y voyais le ciel bleu, et des arbres color\u00e9s, tout en essayant de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 mon sermon de Roch Hachana.<br>Soudain, le c\u00f4t\u00e9 gauche de mon \u00e9cran se retrouva \u00e0 droite, et le c\u00f4t\u00e9 droit, \u00e0 gauche. L&#8217;\u00e9cran commen\u00e7a \u00e0 clignoter de facon convulsive, et l&#8217;angoisse commen\u00e7a \u00e0 monter. Apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de le red\u00e9marrer en mode sans erreurs, mon \u00e9cran s&#8217;est mis \u00e0 fonctionner pendant dix secondes, avant de clignoter, et de s&#8217;\u00e9teindre \u00e0 nouveau.<br>Avez-vous d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 ce sentiment de chute, au fond de vos tripes, lorsque les choses tournent mal ? Lorsque votre joie se mue en deuil, et le bonheur en tristesse?<br>Voil\u00e0 o\u00f9 j&#8217;en \u00e9tais.<br>Les anciens croyaient que le bonheur \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 par les dieux, le destin, ou le hasard. Pendant l&#8217;ombre d&#8217;un instant, j&#8217;ai r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 savoir si une telle philosophie avait une part de v\u00e9rit\u00e9\u2026 \u00e9tant donn\u00e9 le mauvais moment que c&#8217;\u00e9tait pour que mon ordinateur cesse de fonctionner.<br>Alors que je dig\u00e9rais ma mauvaise chance, et la mani\u00e8re dont les \u00ab dieux \u00bb devaient en rire, ma fille entra dans la chambre et alluma la t\u00e9l\u00e9vision. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;heure des nouvelles. Je lui ai vite demand\u00e9 de les laisser, avant qu&#8217;elle ne change pour une s\u00e9rie qu&#8217;elle aime. Sur l&#8217;\u00e9cran, on voyait des images de d\u00e9vastation et de destruction de ce qu&#8217;il se passait dans les Cara bes et au Mexique. En quelques instants les gens se retrouvaient sans maison. L&#8217;image d&#8217;apr\u00e8s, on voyait des r\u00e9fugi\u00e9s fuir pour sauver leur vie d&#8217;un r\u00e9gime militaire, laissant tout derri\u00e8re eux, et enfin, il y avait une s\u00e9quence de deux secondes sur un autre attentat suicide, commis par un sinistre individu utilisant la religion pour justifier de tuer des clients dans un march\u00e9 \u00e0 ciel ouvert.<br>Voir les informations m&#8217;a fait honte, et m&#8217;a oblig\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser \u00e0 quel point mes probl\u00e8mes \u00e9taient triviaux. Cela m&#8217;a aid\u00e9 \u00e0 \u00ab l\u00e2cher prise \u00bb. Et cela a soulign\u00e9 pour moi certains truismes quant \u00e0 la nature humaine.<br>Permettez-moi de prendre un exemple. Imaginez que je prenne un grand tableau blanc, et que je fasse un point noir au milieu. Sur quoi nous arr\u00eaterions-nous? Sur le point, bien s\u00fbr!<br>C&#8217;est ce que nous remarquerions. Le tableau serait toujours blanc \u00e0 99,99%, et pourtant c&#8217;est ce qui attirerait notre attention.<br>Nous vivons souvent d&#8217;une mani\u00e8re analogue. Les choses peuvent se passer bien. Nous avons un travail stable, de quoi manger \u00e0 notre faim, une maison chaleureuse et accueillante, et pourtant quelque chose se produit- et c&#8217;est le drame.Nous concentrons toute notre \u00e9nergie sur ce \u00ab quelque chose \u00bb, peu importe ce qu&#8217;est cette chose qui enl\u00e8ve \u00e0 notre bonheur.<br>En fait, parfois, plus les choses se passent bien, plus nous sommes pr\u00eats \u00e0 remarquer ce qui n&#8217;est pas parfait. Avez-vous d\u00e9j\u00e0 dormi dans un bel h\u00f4tel, pour vous retrouver avec quelque chose que vous auriez normalement tol\u00e9r\u00e9 ailleurs-par exemple que les serviettes ne soient pas suffisamment \u00e9paisses- et que cela vous mette soudain de mauvaise humeur?<br>Bien s\u00fbr, il y a des probl\u00e8mes bien plus graves dans le monde, mais nous avons tous cette tendance \u00e0 nous concentrer sur le n\u00e9gatif. Il semble que nous soyons pratiquement programm\u00e9s pour cela. Sans compter que nous d\u00e9sirons toujours quelque chose d&#8217;autre.<br>Cela dit, si vous demandez \u00e0 des parents ce qu&#8217;ils voudraient pour leurs enfants, la r\u00e9ponse la plus commune est qu&#8217;ils veulent qu&#8217;ils soient \u00ab heureux \u00bb. Et vous savez quoi ? Nous aussi nous voulons \u00eatre heureux!<br>De plus, beaucoup des plus grands penseurs de tous les temps-de Platon et Aristote \u00e0 Confucius et au Dala\u00efLama-consid\u00e8rent que le \u00ab bonheur \u00bb est le but de la vie, la cause finale de l&#8217;existence humaine.<br>D&#8217;un point de vue juif, Rabbi Nahman de Breslav, un maitre hassidique du 18\u00e8me si\u00e8cle, exprima la m\u00eame id\u00e9e dans ces termes mitsva gdola liyot besimha tamid :\u00ab c&#8217;est une grand mitsva-une mitsva d&#8217;une importance supr\u00eame -d&#8217;\u00eatre dans la joie, toujours !\u00bb<br>On pourrait consid\u00e9rer cette id\u00e9e comme \u00e9tant un peu simpliste, mais consid\u00e9rez la personne qui l&#8217;a dite. C&#8217;\u00e9tait un homme qui a \u00e9t\u00e9 malade la majeure partie de sa courte vie, et qui finit par mourir de tuberculose.<br>mitsva gdola liyot besimha tamid : \u00ab c&#8217;est une grand mitsva d&#8217;\u00eatre dans la joie, toujours \u00bb- Un homme qui a souffert de perdre quatre de ses enfants en bas \u00e2ge, et un homme qui, tout au long de sa vie, a soufert de s\u00e9v\u00e8res acc\u00e8s de m\u00e9lancolie.<br>En d\u00e9pit de la duret\u00e9 des \u00e9preuves de sa vie, Nahman de Breslav enseigna de facon continue, et encouragea pendant toute son existence, la simha , la joie.<br>Mais quelle est la source de ce bonheur ? Est-ce la richesse ? La sant\u00e9 ? La plus intense des romances ? Une carri\u00e8re spectaculaire ? Le meilleur corps imaginable ? Ou simplement une vie sans douleurs?<br>Nous savons tous que l&#8217;argent ne peut pas acheter les choses les plus importantes de la vie. Car \u00e0 quoi sert la fortune sans la sant\u00e9 ? A quoi sert la richesse sans l&#8217;amour et l&#8217;amiti\u00e9 ? La v\u00e9rit\u00e9 est que vous pourriez tout poss\u00e9der, et ne toujours pas \u00eatre heureux, n&#8217;est-ce pas?<br>Je ne suis peut-\u00eatre pas un expert, mais d&#8217;apr\u00e8s ce que j&#8217;ai glan\u00e9 pendant mes ann\u00e9es de rabbinat, en tant que connaisseur professionnel des gens, est que ce qui vous arrive, les petits d\u00e9tails de la vie, sont, en fait, un indicateur assez mauvais de la pr\u00e9sence ou non de la simha dans votre vie.<br>Les exemples sont l\u00e9gions; des gens qui sont fabuleusement riches, ou c\u00e9l\u00e8bres, ou puissants, ou qui vivent des vies de charme avec toutes les sortes de b\u00e9n\u00e9dictions dont on peut seulement r\u00eaver, et qui pourtant sont dans un \u00e9tat mis\u00e9rable-en grande partie parce qu&#8217;ils ne se concentrent pas sur ce qu&#8217;ils ont, mais sur ce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas encore-et en particulier ce que les gens autour d&#8217;eux ont, et que eux n&#8217;ont pas.<br>Ben Zoma, un sage cit\u00e9 dans les Pirq\u00e9 Avot (4, 1), r\u00e9pondrait : \u00ab Eize hou ashir-ha&#8217;same&#8217;ah behelqo \u00bb. \u00ab Qui est riche ? Celui qui est heureux de sa part\u00bb.<br>Pour le juda\u00efsme, le bonheur ne r\u00e9side pas dans ce que l&#8217;on a, mais dans la mani\u00e8re dont on interpr\u00e8te ce qu&#8217;on a. La simha ne consiste pas \u00e0 acqu\u00e9rir un ensemble diff\u00e9rent de d\u00e9tails mais \u00e0 voir ceux que l&#8217;on poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0, \u00e0 travers des yeux de simha.<br>Alors comment proc\u00e9der pour trouver la simha ? La premi\u00e8re chose est que la plupart du temps, les gens la cherchent au mauvais endroit.<br>On raconte I \u2018histoire d&#8217;un rabbin qui voit un des membres de sa communaut\u00e9 courir dans la rue. Il l&#8217;appelle et lui demande :\u00ab pourquoi est-ce que tu cours si vite ? \u00bb La personne r\u00e9pond \u00ab il faut que je gagne ma vie&nbsp;\u00bb [en anglais, litt\u00e9ralement : \u00ab que je courre apr\u00e8s \u00bb]. Ce \u00e0 quoi le rabbin a r\u00e9pondu : \u00ab mais tu pars du principe que ton gagne-pain se trouve devant toi, et que plus tu courras vite, plus tu arriveras \u00e0 le rattraper. Et si ta vie, comme ton gagne-pain se trouvaient en fait derri\u00e8re, et que c&#8217;est eux qui essayent de te rattraper ? Si c&#8217;est le cas, lorsque tu cours si vite, tu leur rends la t\u00e2che encore plus difficile de te retrouver!\u00bb<br>Dans la paracha Ki Tavo (Deut. 28, 2) que nous avons lue il y a quelques semaines, Mo\u00efse sous-entendait la m\u00eame id\u00e9e lorsqu&#8217;il disait que nos b\u00e9n\u00e9dictions courraient apr\u00e8s nous \u00abou&#8217;va&#8217;ou al\u00e8kha kol-haberakhot ha&#8217;\u00e8l\u00e8, vehissigoukha\u00bb. \u00ab Alors toutes ces b\u00e9n\u00e9dictions viendront sur toi, et se saisiront de toi \u00bb. Donc une partie de la r\u00e9ponse est que, si vous voulez la simha, il faut ralentir.<br>Voil\u00e0 \u00e0 quoi sert le Chabbat, un jour entier d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ralentir, pour laisser les b\u00e9n\u00e9dictions du monde nous rattraper. En fait, c&#8217;est exactement le but de la plupart des pri\u00e8res et des rituels juifs : nous encourager \u00e0 r\u00e9pondre au monde en s&#8217;arr\u00eatant un moment, en prenant conscience de ce qu&#8217;il se passe, en r\u00e9fl\u00e9chissant, et en exprimant de la gratitude.<br>C&#8217;est pour cette raison que nous disons des b\u00e9n\u00e9dictions tout le temps. La tradition nous demande d&#8217;en dire une avant de boire ou de manger, lorsque nous voyons un grand sage, ou lorsque nous entendons le tonnerre dans le lointain. Il y a m\u00eame une b\u00e9n\u00e9diction lorsque nous utilisons les toilettes le matin.\f\fLe Talmud nous presse de dire au moins cent b\u00e9n\u00e9dictions par jour. Pourquoi ? Est-ce que Dieu a vraiment besoin de cr\u00e9ent en nous. Nous en avons besoin, parce que les b\u00e9n\u00e9dictions nous aident \u00e0 voir le monde avec un ceil neuf. Nous devons prononcer des mots de gratitude, parce qu&#8217;ils nous aident \u00e0 ne pas prendre les choses pour acquises.<br>Avez-vous d\u00e9j\u00e0 fait l&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;un \u00e9pisode de douleur, par exemple au dos?<br>Vous n&#8217;aviez pas l&#8217;impression de pouvoir marcher \u00e0 nouveau droit, encore moins de pouvoir aller courir ? Vous souvenez-vous du premier jour o\u00f9 vous avez pu sortir du lit sans grincer de douleur ? C&#8217;\u00e9tait une merveilleuse surprise,pleine de joie et de bonheur, n&#8217;est-ce pas ? Mais alors, tout aussi vite, en l&#8217;espace de quinze jours, le moment de gratitude est compl\u00e8tement oubli\u00e9.<br>L&#8217;un des ennemis du bonheur est l&#8217;autosatisfaction. Lorsque nous nous habituons aux choses, nous perdons le sentiment d&#8217;\u00e9merveillement qui nous surprend.<br>On a demand\u00e9 \u00e0 Abraham Joshua Heschel, dans une interview, quelles lecons spirituelles les adultes pouvaient apprendre des enfants. Sa r\u00e9ponse ? \u00ab De toujours \u00eatre ouverts \u00e0 la surprise, de s&#8217;\u00e9tonner, et de rechercher l&#8217;\u00e9merveillement radical \u00bb.<br>Les b\u00e9n\u00e9dictions sont la mani\u00e8re dont notre peuple cherche \u00e0 vivre dans le pr\u00e9sent et \u00e0 \u00eatre en pleine conscience de ce que nous faisons. De toute \u00e9vident, elles ne r\u00e9ussissent pas toujours. Elles peuvent devenir fl\u00e9tries et automatiques. Mais elles ouvrent cette possibilit\u00e9 en nous.<br>Vous pourriez penser que la simha est l&#8217;oppos\u00e9 de la tristesse et de la souffrance, mais ce n&#8217;est pas le cas.<br>\u00c0 chaque fois que je conduis un mariage, ou une bar ou bat mitzvah, ou que j&#8217;assiste \u00e0 une brit, je pense \u00e0 la mani\u00e8re dont les yeux des gens se remplissent de larmes pendant un temps de simha, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&#8217;ils pleurent pendant un temps de tristesse ou de souffrance.<br>La joie et la souffrance sont souvent li\u00e9es ensemble.<br>Seuls ceux qui connaissent la fragilit\u00e9 de la vie peuvent vraiment appr\u00e9cier la joie et la valeur de chaque moment. Ce type d&#8217;\u00ab \u00e2me joyeuse \u00bb est ressentie lorsque les membres d&#8217;une m\u00eame famille parcourent de longues distances pour venir se voir. Il n&#8217;est pas \u00e9tonnant que dans le langage courant, le mot simha d\u00e9signe pr\u00e9cis\u00e9ment une r\u00e9union de famille, un \u00e9v\u00e8nement du cycle de la vie. Simha renvoie \u00e0 la pr\u00e9sence des membres de la famille, mais c&#8217;est aussi un moment doux-amer, teint\u00e9 d&#8217;impermanence.<br>La v\u00e9rit\u00e9 est, si souvent, que la souffrance d\u00e9vastatrice de la perte d&#8217;un membre de la famille, ou d&#8217;un ami, est directement li\u00e9e \u00e0 la joie de la vie que l&#8217;on est en train de pleurer. Et, lorsque les communaut\u00e9s fonctionnent au mieux, la tristesse de la perte est temp\u00e9r\u00e9e, en tous cas un petit peu, par la simha, par la pr\u00e9sence et le soutien d&#8217;\u00eatres chers.<br>Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, la mort nous enseigne la vie et le bonheur. Elle nous rappelle que nous sommes face \u00e0 des limitations. Le pr\u00e9cieux temps est fini, car qui sait quelle sera la longueur de ses jours? Par cons\u00e9quent il nous incombe de nous soucier des autres et d&#8217;appr\u00e9cier leur compagnie, de les prendre dans nos bras, de les appr\u00e9cier, et de leur dire merci.<br>M\u00eame nos traditions de Yom Kippour soulignent notre mortalit\u00e9.<br>La coutume de porter un kittel &#8211; le linceul que je porte, et qui sera un jour utilis\u00e9 pour m&#8217;enterrer &#8211; nous rappelle qu&#8217;un jour nous mourrons. Et je\u00fbner tout au long de ce jour nous rappelle qu&#8217;il y a plus \u00e0 la vie que la nourriture physique. Nous avons besoin d&#8217;une nourriture spirituelle et \u00e9motionnelle.<br>Mais Yom Kippour n&#8217;est pas seulement un jour qui sert \u00e0 \u00e9voquer notre mortalit\u00e9. Ce jour est d\u00e9crit par la tradition comme \u00ab Yom K-Pourim \u300b, un jour comme Pourim, le jour le plus joyeux de l&#8217;ann\u00e9e. C&#8217;est un jour de joie et de r\u00e9jouissance parce que nous savons que nous disposons du libre arbitre. Nous pouvons changer nos comportements si nous le souhaitons. Nous pouvons contr\u00f4ler nos d\u00e9sirs si nous le choisissons. Nous n&#8217;avons pas \u00e0 \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s par nos passions, si nous le d\u00e9cidons.<br>Il est vrai que les scientifiques estiment qu&#8217;environ cinquante pour cent de notre sentiment de bonheur provient de nos g\u00e8nes. Et il est incontestable que nous connaissons des gens qui ont tendance \u00e0 \u00eatre grognons, et d&#8217;autres, qui sont plein d&#8217;entrain, de nature solaire, au point que \u00e7a peut \u00eatre un peu trop pour certains (surtout t\u00f4t le matin !). N\u00e9anmoins, quelle que soit la fa\u00e7on dont vous consid\u00e9rez la question, \u00e7a laisse cinquante pour cent sous notre contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien, pass\u00e9 nos limites g\u00e9n\u00e9tiques les plus basiques, n&#8217;est d\u00e9termin\u00e9. Si bien qu&#8217;\u00e0 l&#8217;inverse d&#8217;autres religions ou philosophies, tout est entre nos mains. C&#8217;est cette partie, que nous pouvons transformer nous-m\u00eames, si nous le d\u00e9sirons. C&#8217;est le grand cadeau de Dieu.<br>Et I&#8217;une des fa\u00e7ons dont nous pouvons nous transformer et trouver un sens de la joie et du bonheur &#8211; de simha, est \u00e0 travers l&#8217;\u00e9tude.<br>Il est vrai que l&#8217;\u00e9tude comme chemin vers le bonheur n&#8217;est pas sp\u00e9cifiquement juif. Socrate enseigna une id\u00e9e similaire en son temps. Il sugg\u00e9ra qu&#8217;\u00e9tudier nous permettait de mieux nous comprendre. En nous comprenant mieux, nous avons plus de contr\u00f4le sur nos \u00e9motions et nos choix, et nous pouvons par cons\u00e9quent prendre des d\u00e9cisions plus sages.<br>Et pourtant, pour le juda\u00efsme, l&#8217;\u00e9tude ne consiste pas toujours \u00e0 se comprendre soi. Parfois l&#8217;\u00e9tude est l\u00e0 pour nous pousser \u00e0 sortir de nous-m\u00eames. Elle veut que nous nous tournions vers l&#8217;ext\u00e9rieur plut\u00f4t que vers l&#8217;int\u00e9rieur. Moins de contemplation de nombril spirituel et psychologique, et plus d&#8217;actes altruistes!<br>D&#8217;un point de vue religieux, trouver la vraie joie est vraiment la t\u00e2che spirituelle la plus difficile. Que ce soit en l\u00e2chant prise sur les choses sans importance comme les \u00e9crans d&#8217;ordinateurs cass\u00e9s, ou en rejetant de vieux narratifs nous concernant-nos peines et nos cicatrices-afin de laisser plus de place \u00e0 la magie et au myst\u00e8re de l&#8217;instant pr\u00e9sent-du maintenant. Le bonheur et la satisfaction, la simha, peuvent venir d&#8217;un tel changement de perspective.<\/p>\n\n\n\n<p>Le juda\u00efsme nous enseigne que l&#8217;une des plus grandes sources de joie dont nous puissions faire l&#8217;exp\u00e9rience, est la mitsva du Tikkoun Olam, prendre soin des autres, rendre aux autres ce qu&#8217;ils nous offrent, et aider \u00e0 faire du bien aux autres. Combien d&#8217;entre nous se sont sentis incroyablement bien apr\u00e8s avoir fait du b\u00e9n\u00e9volat ? Il se peut que nous r\u00e9sistions au premier abord. Nous pouvons penser \u00ab je suis trop fatigu\u00e9, je n&#8217;ai pas envie de quitter la maison maintenant \u00bb. Mais ensuite si nous le faisons quand m\u00eame, si nous avons servi un repas, si nous avons aid\u00e9 un \u00e9l\u00e8ve, si nous avons rendu visite \u00e0 quelqu&#8217;un qui est malade, nous nous sentons plus qu&#8217;\u00e9lev\u00e9s, utiles, importants. En fait, le Tikkoun Olam est la fa\u00e7on ultime de nous faire sortir de nous-m\u00eames. Cela change le monde. Cela am\u00e9liore la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers la fin de sa vie, alors qu&#8217;il \u00e9tait sourd depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es, Beethoven est sorti de son monde ferm\u00e9 aux sons, pour composer l&#8217;un des morceaux de musique les plus extraordinaires jamais \u00e9crits : sa neuvi\u00e8me symphonie. Intuitivement, il a compris que cette ceuvre devait comporter la voix humaine. Elle devint la premi\u00e8re symphonie chorale \u00e9crite en occident. Les mots qu&#8217;il mit en musique \u00e9taient L&#8217;Hymne \u00e0 la joie de Schiller.<br>Personnellement, je consid\u00e8re le juda\u00efsme comme un hymne \u00e0 la joie.<br>Comme Beethoven, les juifs ont connu la souffrance, l&#8217;isolement, les duret\u00e9s, et le rejet, et pourtant, ils n&#8217;ont jamais manqu\u00e9 du courage religieux de se r\u00e9jouir. Un peuple qui peut connaitre l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 et se r\u00e9jouir n\u00e9anmoins, est un peuple qui ne peut \u00eatre vaincu, car son esprit ne peut jamais \u00eatre bris\u00e9, et son espoir d\u00e9truit.<br>Le juda\u00efsme est riche d&#8217;opportunit\u00e9s pour faire grandir la joie, et pour c\u00e9l\u00e9brer pratiquement tous les jours de \u013e&#8217;ann\u00e9e. Alors pourquoi ai-je choisi de parler de joie et de bonheur \u00e0 Yom Kippour ? Parce que, aussi importantes et puissantes soient ces vingt-cinq heures, elles ne donneront pas automatiquement le bonheur.<br>Yom Kippour est un outil, pas un but. C&#8217;est une opportunit\u00e9 pour la r\u00e9flexion et le changement, mais il ne nous apporte pas au final ce que nous devons changer. Ceci vient durant le dur travail que l&#8217;on effectue au jour le jour le reste de l&#8217;ann\u00e9e.<br>Puisse cette nouvelle ann\u00e9e \u00eatre pleine de nombreuses opportunit\u00e9s de grandir, de r\u00e9parer le monde et de nous r\u00e9parer nous ! Et puisse cette ann\u00e9e \u00eatre une ann\u00e9e o\u00f9 nous saisissons ces opportunit\u00e9s avec une grande joie, une simha gdola, heureux de qui nous sommes, et plus important encore, de ce que nous pouvons devenir.(Traduction :Olivier Delasalle)<\/p>\n\n\n\n<p>Puissiez-vous, vos proches et celles et ceux qui vous<br>sont chers, \u00eatre inscrits dans le Livre de la Vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous souhaite un je\u00fbne facile et plein de sens\u2026<br>Un je\u00fbne plein de joie!<\/p>\n\n\n\n<p>Rabbin Tom Cohen<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un hymne juif \u00e0 la joieAlors que ma charge de travail, en cette rentr\u00e9e, commen\u00e7ait \u00e0 vraiment augmenter &#8211; mise en place du Talmud Torah, des classes pour adultes, des conf\u00e9rences, sans compter les \u00e9tudiants rabbiniques, et la pr\u00e9paration des grandes f\u00eates &#8211; je me suis assis il y a de cela deux semaines, par [&hellip;]<\/p>\n<a class=\"lirelasuite\" href=\"https:\/\/www.kehilatgesher.org\/en\/drasha\/yom-kippour-5778\/\"> Lire l'article...<\/a>","protected":false},"author":47,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","class_list":{"0":"post-26795","1":"drasha","2":"type-drasha","3":"status-publish","5":"entry"},"featured_image_urls_v2":{"full":"","thumbnail":"","medium":"","medium_large":"","large":"","1536x1536":"","2048x2048":"","featured-image":""},"post_excerpt_stackable_v2":"<p>Un hymne juif \u00e0 la joieAlors que ma charge de travail, en cette rentr\u00e9e, commen\u00e7ait \u00e0 vraiment augmenter &#8211; mise en place du Talmud Torah, des classes pour adultes, des conf\u00e9rences, sans compter les \u00e9tudiants rabbiniques, et la pr\u00e9paration des grandes f\u00eates &#8211; je me suis assis il y a de cela deux semaines, par un apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9, avec mon ordinateur portable, pour commencer \u00e0 pr\u00e9parer mes sermons, et pour, \u00e9ventuellement, r\u00e9pondre au monceau d&#8217;emails qui attendent dans ma boite de r\u00e9ception (ou, plus vraisemblablement, me trouver coinc\u00e9 dans cet \u00e9quivalent moderne des sables mouvants qu&#8217;est Facebook, pour regarder les&hellip;<\/p>\n<a class=\"lirelasuite\" href=\"https:\/\/www.kehilatgesher.org\/en\/drasha\/yom-kippour-5778\/\"> Lire l'article...<\/a>","category_list_v2":"","author_info_v2":{"name":"marcsaffar","url":"https:\/\/www.kehilatgesher.org\/en\/author\/marcsaffar\/"},"comments_num_v2":"0 comments","yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Yom Kippour 5778 - Kehilat Gesher<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.kehilatgesher.org\/drasha\/yom-kippour-5778\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Yom Kippour 5778 - Kehilat Gesher\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Un hymne juif \u00e0 la joieAlors que ma charge de travail, en cette rentr\u00e9e, commen\u00e7ait \u00e0 vraiment augmenter &#8211; 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